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Le code d'honneur et d'éthique guerrière introduit par Marfrid transforma petit à petit l'ordre social qui prévalait au nord. En plus de réduire l'impact négatif des conflits meurtriers entre seigneurs, il offrait une solution à une situation d'impasse qui rendait la vie de plus en plus impossible: l'évolution spectaculaire dans la technique de la construction de châteaux-forts à partir du 22e siècle. Dagmar Handelsmann, un architecte originaire de Innsorby avait révolutionné la façon de concevoir et de construire des forteresses. Plus qu'un simple obstacle de bois ou de pierre, Handelsmann concevait une muraille comme un système de défense actif, un “combattant immobile” selon son expression consacrée. Il apporta d'innombrables innovations au château: mâchicoulis, crénélations, meurtrières pour ne nommer que celles-ci. Il repensa la conception même d'une fortification, en dessinant un plan qui prévoyait de multiples niveaux de défense. Un envahisseur qui franchirait la herse ne réussirait qu'à progresser que quelques mètres avant de se retrouver confrontée à un nouvel obstacle, qu'elle devrait attaquer cependant qu'elle se trouve prise au piège dans un étroit passage exposé de tous bords au tir ennemi sans possibilité de répliquer. La capture d'un château, déjà une entreprise des plus ardues, était devenue une tâche pratiquement impossible. Le plus souvent, le seul recours de l'assaillant était tout simplement de tenir un siège, une opération qui pouvait s'éterniser pendant des mois sinon des années, et s'avérer au bout du compte aussi coûteux pour l'attaquant que pour le défendant.
Conséquence de l'imprégnabilité de leur château, les seigneurs de guerre jouissaient de façon effective d'une indépendance et d'un pouvoir absolu dans leurs domaines. L'évolution du code de chevalerie contribua dès lors à assurer la stabilité de la hiérarchie féodale; le suzerain légitime, à défaut de toujours pouvoir exercer son autorité en usant la force brute, pouvait compter sur le sens de l'honneur de son vassal pour s'assurer sa loyauté. Les seigneurs prirent bientôt l'habitude systématique d'exiger des serments de loyauté de leurs vassaux: la rupture d'un tel serment entachait l'honneur et la réputation du chevalier, qui se verrait invariablement isolé de ses pairs d'un naturel méfiant et peu enclins à accorder leur confiance à quelqu'un dont la loyauté n'était pas garantie. L'observation rigoureuse du code de l'honneur n'était pas toujours le fait d'une sincère grandeur d'âme, mais celui d'un calcul rationnel et même quelque peu cynique. Tout un jeu d'intrigues et de manigances se déroulait visant à fournir des prétextes plus ou moins transparents aux seigneurs pour rompre leurs serments d'allégeance ou d'alliance sans compromettre leur réputation.
Si la popularité et le prestige dont jouissait les Halbartson pût estomper l'effet déstabilisateur de ce sentiment d'impunité et conserver l'intégrité du Yngmark, la Confédération des Duchés des Marks quant à elle ne pût résister, et l'année 2300 vit sa dissolution pure et simple et son morcellement en une multitude de petites seigneuries. Mais cet éclatement fût de courte durée; un remaniement du jeu des alliances et allégeances refusionna progressivement le royaume. Le Régaltière profita des divisions entre nobles pour tenter de réétablir son autorité sur l'Ardésie du Nord en 2303. Mais cette incursion ne devait s'avérer que le baroud d'honneur pour le Prétoriat de Prai, alors que les forces impériales se composaient essentiellement de mercenaires dont le motif n'était pas tant le désir de se battre pour la gloire de l'empereur que celui de profiter du chaos pour s'approprier un domaine. Cette offensive fût nommée non sans ironie Guerre des Mercenaires, et se constituait plus d'affrontements sporadiques que d'un conflit organisé; elle prît fin en 2318 avec l'insurrection menée par Lothaar Dietrecht, qui proclama l'indépendance de Gorestad et fonda le Aaltenland.
La principale route entre la capitale et le Prétoriat de Prai ayant été ainsi coupée, l'empereur Honorat III se résigna à abandonner le continent nord-ardésien, et le prétoriat fût dissous en 2319; le Seltland et le Somannland se formèrent sur ses cendres, suivi en 2325 du Østrike. À l'ouest, les ducs des Marks qui avaient fait front commun contre les mercenaires impériaux réunirent la moitié des duchés de l'ancienne Confédération pour fonder le royaume du Markland en 2321; un descendant de la lignée des Halbartson fût couronné sous le nom de Jormar Ier. Les duchés situés au nord refusèrent toutefois de joindre le royaume, et choisirent plutôt de conserver leur indépendance; ils se réuniront éventuellement pour former le Innsland en 2356.
Les royaumes de Novarique n'échappèrent pas aux crises internes causées par ‘l'effet Handelsmann’; s'ils purent conserver de façon relative leur intégrité nationale, ils durent quand même faire face à plusieurs guerres civiles. En 2331, les Earls de Ernstead, Hanes et Anlixen se soulevèrent contre le roi Albert II de Welland; réclamant une plus grande autonomie dans leurs domaines, ils s'allièrent la plupart des nobles du royaume. Cette guerre s'éternisa pendant près de trois décennies, et ne prit fin qu'en 2357 avec la défaite du fils d'Albert, Edward Ier à la bataille de Meganroff. Il se vit contraint à signer la Charte des Earls, qui limitait le pouvoir royal au profit des nobles; le Welland devint ainsi la première nation à être gouvernée par un document constitutionnel. Éventuellement des amendements s'ajoutèrent au fil des ans, définissant entre autres le rôle et les pouvoirs de l'église Gotique.
Le Souffolk connu également la guerre civile: en 2376 les populations de l'ancienne Elbeland se soulevèrent pour tenter de regagner leur indépendance. La révolte fût matée en 2380, mais cette guerre de Sécession s'avéra coûteuse pour le roi Henrick III, autant pour l'économie du royaume que pour la stabilité de son autorité. Le mouvement de libération ne fût jamais vraiment maté, et d'autres conflits éclateront aux cours du 25e siècle, notamment en 2422, où un soulèvement mené par Gilbart Oldram arracha au roi Adalrond II la reconnaissance royale de l'identité du peuple elbain.
Le Bergland et le Norvei, s'ils échappèrent à la guerre civile, connurent leur part de conflits internes. Dans ces pays situés en région montagneuse et peuplés essentiellement de chasseurs, de pêcheurs et d'éleveurs semi-nomades, le féodalisme avait tardé à s'implanter. Mais si l'agriculture ne représentait qu'une part mineure de l'économie, le commerce était vital, et les chefs tribaux se livrèrent une lutte acharnée autour des anciennes routes régaltériennes, particulièrement les quatres voies convergeant vers Bigbie, la capitale du Bergland. Ces routes approvisionnaient les royaumes du nord en grain provenant du Welland et du Souffolk; elles étaient donc les artères vitales de ces contrées accidentées, d'autant plus que l'hégémonie politique et économique nécéssaire à la réalisation de telles routes faisait défaut dans toute la Novarique depuis la chute de l'Empire.
En 2306 le Traité de Erlton, qui délimitait la frontière entre le Lisland et le Farenland fût ratifié par Frédégond De Guise, bourgmestre de Erlton, sans l'assentiment du roi Norbert Ier, alors âgé de 95 ans. La rivalité séculaire entre les De Guise et la famille royale les Stewart prenait ainsi un tournant qui menaça de plonger à son tour le Farenland dans une guerre civile. Mais la tradition henriquienne se manifesta une fois de plus, et si des combats éclatèrent à l'occasion entres corps de garde et bandes de mercenaires, le conflit se résolva principalement à coups d'intrigues et de stratagèmes politiques. L'intrigue se dénoua à la mort d'Arnault 1er, neveu du fils de Norbert; Édouard DeGuise épousa la fille unique d'Arnault, scellant l'union des deux clans et assurant la mainmise de la maison de DeGuise sur la couronne.
Arnault avait lui-même succédé à son oncle Wenilde Ier, mort ainsi que son fils héritier dans des circonstances nébuleuses, qui font encore de nos jours l'objet de spéculations diverses. Le doute planant sur la légitimité de la succession eût pour effet d'affaiblir l'autorité et le prestige de la famille royale; les philosophies de Charlebert revinrent au goût du jour, grâce notamment aux guildes marchandes qui voyaient dans un éventuel déclin de la classe seigneuriale une opportunité d'accroître leur influence; ils enviaient Skølhavn – patrie d'adoption de Charlebert – et son climat de libéralisme qui favorisait le commerce. Petit à petit l'émergence du conflit entre aristocratie et bourgeoisie poussèrent les rois à accepter des réformes limitant son pouvoir; ce mouvement verra son aboutissement en 2498 lorsqu'Arilde Preston publia un manifeste, la Charte du Peuple, qui revendiquait la fondation d'un parlement et l'adoption du suffrage universel. Après une longue lutte, cette charte fût finalement ratifiée en 2503 par Norbert II, mettant ainsi au monde la première démocratie.
Avec la dissolution du prétoriat de Prai, il ne restait à l'empire que celui d'Eldoy: le prétoriat de Preskile était pratiquement inhabité et n'avait plus qu'une valeur symbolique. Déterminé à conserver le dernier vestige de la puissance impériale, Honorat III envoya en garnison à Portraggon un important contingent de chevaliers du Temple en 2330. L'Empereur avait retenu les leçons du fiasco nord-ardésien et était bien décidé à ce que l'histoire ne se répète pas. Il refusa de se fier à des unités mercenaires; bien qu'il continua d'en utiliser, il les dépriva de toute responsabilité et les plaça sous la tutelle de l'Ordre. De plus il interdit la construction de toute place forte, forteresse ou château, et chargea les Templiers de la destruction de tous ceux déjà en place. Cette tâche s'avéra plutôt ardue, mais au cours du siècle suivant les châteaux des seigneurs eldois tombèrent un à un. Ainsi le féodalisme ne pût s'implanter en Eldarie, et l'ordre social traditionnel autocratique pût un temps être conservé.
Mais la volonté de résistance ne disparût pas pour autant, et peu à peu les eldois adaptèrent leur stratégie à cette nouvelle réalité. Alors que les armées des seigneurs étaient décimées une par une, l'on vit apparaître une classe de chefs de bandes rebelles. Ces résistants se baptisèrent Cynnsmenn, ou ‘frères de clan’. Mobiles, légèrement armés et organisés en petits groupes indépendants, ils prenaient refuge dans les collines, mettant à profit le relief accidenté du pays qui offrait d'innombrables cachettes. De là ils entreprirent une campagne de harcèlement, attaquant les points faibles, organisant des raids éclairs et perpétrant des actes de sabotage, allant éventuellement jusqu'à l'assassinat. Cette guérilla au début modeste prit lentement de l'ampleur jusqu'à devenir une véritable guerre civile, et prît une tournure tragique alors que les combats éclatèrent entre les résistants et les eldois loyalistes qui demeuraient fidèles à l'Empereur. Cette guerre sale qui dressait le frère contre son frère donna lieu à peu d'affrontements militaires classiques, et se disputa plutôt à coups de complots, d'assassinats et de batailles de rues.
Ce peu glorieux conflit fût largement contrôlé en sous-main par l'Ordre Templier; les Empereurs croyaient qu'en favorisant la discorde, ils étoufferaient tout mouvement nationaliste. Makig IV chargea l'Ordre d'infiltrer les deux camps, et de favoriser l'un ou l'autre afin de maintenir l'équilibre des forces et ainsi de prolonger le conflit indéfiniment; en apportant une partie de son soutien au indépendantistes, il commit ainsi une trahison envers ses plus fidèles partisans. Cette monumentale erreur de calcul lui coûta cher alors que la vérité éclata peu à peu au grand jour. En 2456 les loyalistes se révoltèrent contre l'Empire et firent front commun avec les indépendantistes: ce fût le début de la Guerre des Cynnsmenn. Loin d'avoir éteint le feu nationaliste en Eldarie, Makig l'avait au contraire attisé hors de contrôle.
Pris de panique, il ordonna en 2469 le blocus naval de l'île dans l'espoir d'affamer la résistance. Mais si cette infamie provoqua une famine qui décima des milliers d'eldois, elle ne réussit qu'à raffermir la détermination des rebelles. Deux ans plus tard Makig fût assassiné ainsi que toute sa proche famille dans des circonstances encore aujourd'hui restées nébuleuses. Certains prétendent que des leaders de la rébellion eldoise auraient pactisé avec les démons afin de lancer une malédiction sur la famille impériale. D'autres font mention de l'usage d'artéfacts qui rendraient invisible, ou encore permettraient de se déplacer à de vastes distances instantanément. La version la plus banale veut qu'il aie tout simplement été victime d'une conspiration ourdie par l'Ordre du Palais, pour qui l'entêtement de l'Empereur à vouloir s'enfoncer dans le bourbier eldois faisait craindre pour la survie même du Régaltière. Quoi qu'il en soit, ce coup d'état signa la fin de la dynastie de Laryver, et le 4e Tournoi du Trône fût organisé par le Conseil: il fût remporté par Stefan de Reverein.