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Le Monde de Aan | Histoire
 

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Temps présents

L'insurrection de Mauncöte

Le Monde aujourd'huiLe tremblement de terre de 2575 avait détruit le monument Eirené; beaucoup ont vu dans l'effondrement de la statue de leur saint fondateur un présage de la destruction prochaine de l'Empire, et les événements qui ont suivi semblent leur avoir donné raison. Une prophétie de source inconnue soutient toutefois que la reconstruction de la statue annoncera la renaissance de l'Empire et une nouvelle conquête du monde. Si elle est peu prise au sérieux par les élites ecclésiastiques, elle enflamme encore de nos jours l'imagination populaire, et les ruines du monument gisent toujours dans le même état, protégées par un aura de tabou et restées ainsi inviolées depuis près d'un siècle et demi.

Cette renaissance semble pour le moment fort hypothétique alors que le Régaltière, qui a bel et bien perdu son statut d'empire, doit maintenant composer avec un nouveau mouvement indépendantiste de la part du Duché de Mauncöte. Le Duc Leonor avait déclaré son indépendance en 2671, geste qui allait provoquer une guerre qui culminera avec l'insurrection de 2688. Si la déclaration fût adressée à l'Empereur Märtens Ier, c'est principalement le Duc Kristian de Avendiner qui s'occupa de réprimer la révolte; l'économie de son duché dépendait fortement du commerce maritime presqu'entièrement contrôlé par Mauncöte et son canal, et il craîgnait de voir celui-ci passer aux mains du Reverein. Cette insurrection déboucha sur une armistice incertaine, qui loin d'avoir résolu le confit, ne représente tout au plus qu'une trève. La perte de Mauncöte et de ce fait le delta du Reiv serait une catastrophe économique et politique pour les duchés, et s'il est certain que Leonor – ou ses héritiers – tentera de nouveau de provoquer la sécéssion de son Duché, il est aussi certain qu'il aura à affronter une résistance tout aussi déterminée de la part des autres ducs; le roi Heinz-Karl Ier du Reverein, jusqu'à présent resté neutre dans ce conflit, pourrait bien faire pencher la balance d'un côté comme de l'autre.

 

La colonisation

Vers la fin du 22e siècle apparurent en Ardésie du Nord les Ostroers ou Apostolistes, une secte de confession gotiste mais puisant dans le druidisme quelques aspects de leur culte; entre autres ils élevaient les Apôtres au rang de déités et les adoraient. Parmi toutes les branches qui avaient divergé de l'Église à la chute de l'Empire, celle des Apostolistes eût à subir une oppression des plus sévères à cause de leur influence druidiste, plus sévère même que celle subie par les druides.  De plus en plus refoulés et acculés au pied des Monts Vairs, ils se décidèrent éventuellement à traverser ceux-ci et à passer à l'Ouest. Ils se mirent ainsi à coloniser les terres qu'ils y trouvèrent: un plateau désolé qu'ils nommèrent Höglund, et une plaine en bordure de l'Océan Occidental qu'ils baptisèrent Låglund. Au début modeste, cet exode prendra lentement de l'ampleur au fil des siècles alors que clan par clan et famille par famille, les Apostolistes – et bientôt d'autres communautés qui les imiteront – braveront les périls des montagnes pour avoir la chance de se faire une vie de peuple libre; ils deviendront les Abenais.

Le pays qu'ils ont adopté est pour le moins ingrat; peu propices à l'agriculture, les landes accidentées du Höglund et du Låglund ne se prêtent guère qu'à la chasse et l'élevage, et à partir du 26e siècle, quelques pionniers se mirent à rebrousser chemin. Mais l'idée a fait son chemin au cours des ans et beaucoup se mirent à contempler l'idée d'émigrer vers d'autres terres. Les contrées sauvages de l'est de la Novarique, longtemps ignorées des humains, représentent soudainement la nouvelle terre promise pour toute une nouvelle classe de pionniers nouvellement épris de liberté et d'opportunité. Mais un éventuel mouvement de colonisation dans ces contrées ne se fera pas sans heurts; si elles sont inhabitées par les humains, elles constituent en revanche la patrie de plusieurs autres races, dont quelques nations guinées (les Shires), les elfes Altains, mais surtout les gnomes, une race qui jusqu'à présent n'a eu aucun contact avec les humains.

Les réactions des Elfes face à ce nouveau développement sont variées. Certains ont décidé de se replier dans un isolationnisme encore plus poussé; les Elfes Sylvains ne tolère plus aucune intrusion dans leur pays, la Forêt d'Enstremont, qui a acquis une mystique chez les Humains qui craignent de s'y aventurer; quant à la forêt des Sérailles, pays des Féraux, elle est passée à la légende comme d'un endroit dont nul ne revient. Mais d'autres tels les Altains et les Marois envisagent depuis quelques décennies de mettre fin à leur isolement et de renouer les liens avec les Humains.

Quelques Elfes ont décidé de prendre l'initiative d'intervenir dans la société des Humains, en se mêlant à eux et en s'infiltrant dans leurs institutions, notamment l'aristocratie où ils se taillent des places de conseillers auprès des nobles et même des rois; un de ceux-ci, Roibestre s'est même hissé au rang de géographe attitré auprès de l'Empereur Märtens Ier, et ce sans masquer ses origines elfiques. D'autres enfin, que l'on a surnommé les Questeurs, parcourent le monde en solitaire à l'affût de rumeurs et légendes qui les mèneraient vers des artéfacts, afin de les dérober et de les restituer aux Elfes. Ils espèrent ainsi diminuer le pouvoir des Humains et de perpétuer la crainte superstitieuse que leur inspirent encore les Elfes, et donc de décourager leurs projets de conquêtes.

 

La Fraternité

La 3e guerre des Deux Cités s'était avérée à bien des points de vue la reconstitution de la deuxième, l'antique ‘Guerre des Mages’ de 699 où l'usage des artéfacts avait joué un rôle prépondérant. Cette recrudescence de la pratique de la magie hors des cadres stricts du clergé a poussé l'Ordre des Templiers à revoir sa stratégie, et peu après la Conférence de Hirtens apparût un nouveau corps d'élite. Recrutés parmi les membres les plus fanatiques de l'Ordre, ils forment une société secrète surnommée simplement ‘la Fraternité’, dévouée à la cause de l'éradication de l'hérésie sous toutes ses formes mais particulièrement de la théosophie. Sans reconnaissance officielle, ils se sont donné pour mission de restituer l'exclusivité de l'usage du Talent à l'Église Gotique, notamment en mettant tout en oeuvre pour débusquer les artéfacts et s'en emparer, ce qui les met souvent il va sans dire en conflit avec les Questeurs.

La Fraternité est également à l'affût du paganisme; usant de toutes les méthodes traditionnelles de manipulation et d'intrigue politique, ses membres y ajoutent l'instauration d'un climat de terreur visant à décourager la conversion des fidèles vers d'autres confessions. Ils sont particulièrement hostiles au Conclave, et ne reculent devant aucune méthode afin de débusquer les théosophes, allant jusqu'à l'assassinat et même la torture. Il va sans dire que ce corps semi-clandestin est loin de faire l'unanimité, et est fort contesté au sein même de l'Ordre du Temple. Certains meisters de chapitres les désavouent publiquement – notamment Wenilde Carter, meister du chapitre de Willry, qui leur a déclaré la guerre ouverte – tandis que d'autres se rallient à la position officielle du Pontife de dénier purement et simplement l'existence de la Fraternité. Par contre, bon nombre de seigneurs et de chefs d'état, soit par fanatisme religieux, soit par simple opportunisme, leur apportent un soutien plus ou moins avoué.

 

Les inventions

Lorsque l'Empereur Honorat IV, lors de son discours annuel adressé aux fidèles massés aux portes du Kechtalder, avait déclaré en 2593 que la conférence de Hirtens qui venait de se conclure ne constituait pas la mort de l'Empire, une agitatrice du nom de Karling Werfstadt répliqua en substance dans son pamphlet qu'elle était d'accord: “Hirtens n'est pas la mort de l'Empire, puisque celui-ci a déjà été occis par Wîgcræft; ce à quoi nous assistons est le processus de putréfaction du cadavre”. Cet accès de sarcasme blasphématoire lui valu l'excommunication et sa tête fût mise à prix, mais elle parvînt à s'enfuir à Skølhavn et disparût de la vie publique. Toutefois, ce ne sont pas autant ses prises de positions qui firent passer Werfstadt à l'histoire que la technique qu'elle avait employé pour les diffuser. Elle ne révéla jamais son secret, et durant la première moitié du XXVIe siècle nombreux furent ceux qui tentèrent de recréer ce qu'ils croyaient être un artéfact, avec une ferveur qui pendant un moment alla jusqu'à supplanter en importance celle de la quête millénaire de l'Élixir d'Ambrosien.

Ce ne fût toutefois pas un mage, mais un simple teinturier du nom de Ingvenn Renser qui en 2676 réalisa qu'en remplaçant les gravures qu'il utilisait dans ses presses afin d'imprimer des motifs sur les étoffes par des lettres individuelles, et donc interchangeables, il pouvait reconstituer n'importe quel texte et le reproduire ainsi à grande échelle; il découvrît ainsi l'imprimerie, ou plus exactement la redécouvrît. Renser entreprît aussitôt d'imprimer et de publier le Boc, et puisqu'il avait accepté de dévoiler le secret de sa découverte, son exemple fût bientôt imité en grand nombre. L'Église accueillit cette initiative avec une certaine tiédeur: si l'intention semblait fort louable, beaucoup de prêtres s'inquiétaient de voir le contrôle sur les textes sacrés leur échapper, et nombre d'entre eux faisaient valoir que si cette invention pouvait contribuer à répandre la Parole de Aan, elle pouvait tout aussi bien le faire pour les hérésies. Leurs craintes ne sont pas sans fondement: avec la propagation d'idées à une échelle jusque là inégalée, l'éclatement de l'Église en sectes indépendantes que la Réforme de Alfich XII avait quelque peu freiné risque de reprendre de plus belle.

L'imprimerie, qui en fait n'était pas une découverte récente alors qu'elle existait déjà au XIIe siècle, a relancé la fibre scientifique qui avait disparu étouffée par 1600 ans d'ambrosianisme; les recherches en mathématiques, en astronomie et en médecine reprennent de la popularité, tandis que nombre d'inventions ont récemment été découvertes ou redécouvertes, tel la boussole et l'horloge. Toutefois, cet élan reste encore modeste, alors que la pratique de la magie et la recherche d'Artéfacts accaparent encore une large part de l'élite intellectuelle.

 

Le XXVIIe siècle

Les sept siècles qui ont suivi la prise du Graüper et la chute de Alban II a vu le monde des Humains passer d'un empire monolithique et en apparence immuable en une multitude de nations et de systèmes de gouvernement, allant de la démocratie varénienne au "despotisme éclairé" halbensois, en passant par cet étrange paradoxe de la théocratie séculière qu'est devenu le Reichalter. Toutefois cette diversité n'est en grande partie qu'apparente, alors que toutes ces formes de gouvernement ne s'avèrent constituer dans les faits qu'un système féodal sous différents habillages. Pour le paysan, la situation ne varie guère alors qu'il continue à se trouver enchaîné à sa terre, et donc sous le joug du propriétaire et seigneur de cette terre. La classe marchande est toujours à quelques exceptions près assujettie à l'aristocratie, et dans ce monde encore essentiellement agraire, la véritable richesse – et par conséquent le pouvoir – ne se mesure pas en or mais en terres.

Mais le siècle qui commence montre tous les signes de profonds bouleversements à venir. L'imprimerie et la possibilité qu'elle offre de répandre les idées libérales de Charlebert et de ses disciples, l'arrivée de nouvelles inventions qui ne manqueront pas de bouleverser l'ordre social, l'émergence de la colonisation et de la fibre exploratrice, l'héritage de l'Empire qui a laissé derrière quantité de sites oubliés recelant souvent des trésors, les incessants conflits entre seigneurs petits et grands, la soudaine expansion du monde des Humains et le choc culturel qu'elle ne manquera pas de provoquer au contact des autres races, tous ces facteurs contribueront à favoriser l'opportunisme: pionniers, mercenaires et esprits contestataires trouveront dans ce 27e siècle un âge d'or de possibilités d'aventure. 

<-Fin d'une époque