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L'Âge des Géants Antiquité Fondation du Régaltière Conquêtes et Empire Apogée Déclin Nouveaux royaumes   Guerres de sécession Fin d'une époque Temps présents
Les
Íslings étaient les descendants des Dvöllar qui
s'étaient établi au Víllturland. Coupés du
monde depuis deux millénaires, à l'abri dans leurs fjords
de toute influence impériale, ils avaient conservé les
coutumes et la langue de leurs ancêtres Dvöllar, vivant
essentiellement de chasse et de pêche. Toutefois, à partir
du 20e siècle, leur mode de vie s'était progressivement
sédentarisé, et leur population décupla, ce qui
résulta en une soudaine poussée expansioniste. Les
rivalités tribales s'acroissèrent, et l'on assista
à l'apparition d'une caste d'aventuriers, anciens guerriers qui
s'étaient trouvé du mauvais côté d'un
conflit ou d'une intrigue entre clans ennemis. Désoeuvrés
et coupés de leurs racines, ils devaient le plus souvent
émigrer à la recherche d'un moyen de subsistance. La
plupart vendirent leur liberté et devinrent des esclaves,
notamment comme gladiateurs dans les arènes impériales.
Mais de plus en plus choisirent plutôt de s'adonner au piratage.
En 2066, un petit monastère du nom de Clarsaü au nord de
Bergovie fût mis à sac et pillé par une horde de
hors-la-loi Íslings: ce coup d'éclat n'était que
le premier d'une série de raids et de pillages qui allaient
hanter la Novarique pendant plus de deux siècles.
Le préteur de Novarique, déjà aux prises avec les poussées souverainistes de plus en plus déterminées, fût totalement pris au dépourvu devant cette nouvelle menace. Il envoya de nombreuses et pressantes lettres à l'Empereur au fil des ans, en réclamant à chaque fois des troupes pour renforcir les garnisons qui se vidaient peu à peu; mais ses appels à l'aide restèrent sans réponse. Elfig VIII ne daigna jamais envoyer des forces fraîches à Ville-de-Lyon; son successeur Stepan IV quant à lui non seulement refusa d'envoyer des troupes, mais entreprit de rapatrier progressivement celles déjà sur place. En 2106 la dernière garnison quitta pour l'Ardésie du Nord; le prétoriat de Novarique füt abandonné et la suzeraineté de l'empire sur le nouveau continent prit officiellement fin.
Le vent d'indépendance qui avait soufflé sur la vallée du Tigre pouvait désormais déferler sur tout le continent. En 2114 le Norvei déclara sa souveraineté, suivi peu après par le Bergland en 2125. Mais le premier véritable état à voir le jour fût le Souffolk en 2133, fondé par Harman Friar qui érigea sa nouvelle capitale baptisée Fricester sur les rives du Rine. Très tôt Harman affirma son intention d'étendre son règne sur toute la Novarique: il dût venir à bout des différents entre les régions qui s'étaient constituées en véritables cités-états et montraient peu d'enthousiasme à l'idée d'abandonner leur indépendance nouvellement acquise. Ce fût le début des guerres d'Union, une suite de conflits et de batailles qui devaient se conclure en 2155 lorsque les derniers bastions de résistance se rendirent face à une majorité insurmontable. Harman ne pût toutefois profiter longtemps de son nouvel empire alors qu'il mourût l'année suivante. Le Souffolk se retrouva dirigé conjointement par les trois fils de Harman, mais ce réluctant triumvirat ne réussit jamais à éviter les discordes. Très vite ils se retrouvèrent chacun de leur côté régnant sur sa partie d'un empire qui se trouva scindé en trois: German hérita du Woldeland à l'ouest, Ferdiman du Elbeland à l'est et le centre qui conservait le nom de Souffolk revint à Helman.
Devant cette poussée expansioniste, les cités-états de la vallée du Tigre formèrent une alliance militaire, la Ligue Varéniene (de fearh, sanglier, i.e. “guerrier”); en 2160 Henrique Stewart, burgomeister de Vylrive, formalisa cette alliance pour fonder le royaume de Farenland; il montera sur le trône sous le nom de Henrique 1er. Le nouveau royaume sût éviter les conflits avec ses voisins grâce aux habiletés de diplomate de Henrique, qui non seulement s'assura l'amitié de Ferdiman, mais réussit à le manipuler afin de provoquer les hostilités entre lui et ses frères. Ainsi, pendant que le Souffolk et le Elbeland s'embourbait dans une guerre de vingt ans qui se conclût par la conquête de ce dernier en 2182, le Farenland pût profiter de la paix pour prospérer.
Profitant de l'affaiblissement de l'autorité de German au Welland, Adelred Hodgerson prit la tête d'une rébellion, qui se solda par la prise de Vildelyon (rebaptisée Calbie) en 2171; cette révolution fût tellement foudroyante qu'encore aujourd'hui les historiens débatent de l'implication que Henrique Stewart aurait pu avoir avec les forces rebelles. Le Souffolk, déjà aux prises avec la guerre contre le Elbeland, dût se résoudre à combattre sur deux fronts alors que le Welland lui déclara la guerre en 2179, guerre qui ne prît fin qu'en 2235 avec le Traité de Thymcester, qui désigna le Thyme comme frontière entre les royaumes. Cette guerre ne fit pas réellement de maître, et ne se termina qu'à cause de l'épuisement commun des forces en présence.
Si les Íslings effectuèrent quelques raids isolés en Ardésie, la majorité de leurs incursions eurent lieu en Novarique. Mais les peuples ardésiens n'échappèrent pas à ce phénomène, alors qu'ils eurent affaire à une autre menace, celle des Scoígarman. Ces nomades originaires de Scogarie, convertis au druidisme au cours des siècles précédents, entamèrent une succession de raids sur les bourgades du nord de l'Ardésie à partir de 2068, soit peu après le raid de Clarsaü; voyant un signe de l'affaiblissement de la puissance impériale, ils avaient décidé de suivre l'exemple de leurs rivaux Íslings. Mais cette fois l'empire montra une résistance plus active, l'empereur Stepan IV ne pouvant se résigner à abandonner le prétoriat de Prai entre des mains païennes; il y envoya toutes ses troupes disponibles, incluant celles affectées auparavant en Novarique. Les régaltériens obtinrent quelques succès au début, mais le sac de Innsorby en 2208 porta un dur coup à l'hégémonie impériale.
La ville füt libérée en 2210 par Steinmar Halbartson, mais au lieu d'être restituée au Reichalter, elle déclara son indépendance. Déjà aux prises avec les incursions barbares, Emil 1er devait maintenant faire face à une rébellion. Le mouvement prît lentement de l'ampleur, et atteignît finalement en 2219 Praivylle, la capitale du prétoriat de Prai. Les meneurs de la rébellion entamèrent des négociations avec l'empereur, offrant de revenir sous la férule de l'empire en échange du statut de duché pour l'ensemble du prétoriat, mais ils essuyèrent un refus. Les chefs décidèrent dès lors de fonder leurs propres duchés, et de s'auto-proclamer Ducs. Ces duchés fondèrent la Confédération des Duchés des Marks en 2230; Steinmar fût couronné Grand-Duc. Skølhavn se joignît peu après à la Confédération, portant sa superficie à près de la moitié du prétoriat. Cette alliance ne dura pas: en 2265 Marfrid, le fils de Steinmar Halbartson, retira son duché de la Confédération et fonda le Yngmark. À Skølhavn, une association formé par les plus influents commerçants votèrent de ne pas se joindre au nouveau royaume; la ville quitta la Confédération et forma la première république.
La création d'une république marchande eût un impact majeur sur l'économie de l'Ardésie du Nord et même en Novarique, et annonça la fin de la domination impériale. Désormais, le commerce échappait au monopole de la Guilde des Mariniers, ce qui infligea un coup terrible à l'économie régaltérienne. Profitant de sa situation géographique pratiquement inexpugnable, de son emplacement de choix à l'embouchure du fleuve Løjenflod (Loignette), et d'un climat économique invigoré par la quasi absence de contraintes, Skølhavn devînt rapidement la plaque tournante de tout le continent où circulait toujours en nombre croissant les marchandises, les voyageurs, la monnaie mais surtout les idées. En plus d'être un centre commercial, la cité devînt le pôle culturel du nord, où les artistes, inventeurs et philosophes de tous les régions du monde convergèrent. Là ils pouvaient expérimenter et échanger expériences et idées nouvelles, libérées de ce dogme ambrosianiste qui depuis longtemps sclérosait les augustes universités régaltériennes.
Ces libre-penseurs, fortement influencés par le mouvement de nationalisme naissant qui balayait le nord, conçurent peu à peu une philosophie libéraliste, qui proposait l'idée que les peuples et nations pourraient dorénavant être considérées comme des entités indépendantes, libres de toute hégémonie étrangère. Ce concept fût poussé plus loin par un philosophe d'origine franoise, Villerin Charlebert: il proposa l'idée que les êtres pensants sont libres et autonomes, et devraient par conséquent pouvoir décider de leur destin. Il fît le procès du privilège héréditaire, et proposa l'idée d'un chef d'état qui serait choisi par le peuple. Son Destin des Nations écrit en 2289 n'eût que peu d'impact: Charlebert était un esprit par trop en avance sur son temps, et si les Templiers le mirent à l'index pour avoir oser défier le dogme du souverain de droit divin, il n'eût guère à craindre pour sa vie. Si ses idées enflammèrent les imaginations, elles ne prirent jamais racine, et il faudra attendre encore deux autres siècles avant de voir la naissance de la démocratie.
Au cours des siècles qui suivront, Skølhavn s'imposera comme la métropole du nouveau monde, la deuxième plus grande ville après Balhant et le port le plus achalandé; ville située dans la plus petite nation du monde, elle succèdera ironiquement à la capitale du plus vaste empire à avoir jamais existé en tant que centre du monde connu. Toutefois son influence culturelle sera restreinte, et les autres nations traîneront derrière avec des siècles de retard; encore aujourd'hui la “Bellegente du Nord” demeure un îlot de libéralisme et de modernité au coeur d'un monde encore en plein moyen-âge.
Le déclin de l'empire régaltérien laissa dans son sillage un monde plongé dans l'anarchie, où les royaumes se créaient et se disloquaient à un rythme effréné, et où l'effondrement des anciennes institutions laissait les gens du commun livrés à leur propre moyens. La moindre parcelle de terre se gagnait et se perdait sur le champ de bataille, et le fermier nord-ardésien ou novaricain dût très vite apprendre à se défendre lui-même. De plus en plus de soldats et de mercenaires désertèrent les armées du Régaltière pour tenter leur chance et se tailler un lopin de terre grâce à leurs compétences martiales; leur motivation était d'autant plus grande qu'ils étaient bien conscients du degré de reconnaissance de la part de la société régaltérienne auquel ils pouvaient s'attendre une fois démobilisés. Ainsi l'histoire se répéta, et petit à petit l'on vît s'imposer une caste de nouveaux seigneurs. Cette fois-ci, ces nouveaux riches devaient leur statut non pas à leurs habiletés politiques mais à la force brute.
Un contrat fût passé entre le paysan et le guerrier: celui-ci était nourri avec une partie de la récolte des paysans qu'il servait, et en échange le paysan profitait de sa protection contre les brigands, les légions régaltériennes et les barbares, mais surtout contre les autres seigneurs dont l'ambition croissait sans cesse. Guerres et alliances se succédèrent à un rythme effrénée, et l'on aurait cru revoir les anciennes Guerres des Caravanes. Mais bientôt un modèle social en forme de pyramide s'imposa: formé du jeu des allégeances, des alliances et des inimitiés, cette hiérachie se formait de petits seigneurs indépendants affiliés à d'autres plus importants, eux-mêmes affiliés à leur tour à d'autres encore plus puissants et ainsi de suite jusqu'au roi. L'homme d'épée qui était censé servir le paysan eût tôt fait d'inverser les rôles, et ce dernier se retrouva promptement tout en bas de cette échelle sociale; réduit à l'état de serf et prisonner de sa terre, il se retrouva une fois de plus esclave dans une société qui se prétendait opposée à l'esclavage.
La Confédération des Duchés se constituait ainsi d'une mosaïque de petites seigneuries plus ou moins auto-suffisantes, dont l'économie fonctionnait largement en vase clos. Chacun tentait d'étendre son domaine en guerroyant contre ses voisins, et le va-et-vient des soldats ponctuait le paysage nord-ardésien au détriment de la population. Cet état de désordre grandissant poussa Marfrid Halbartson à quitter la Confédération pour fonder le Yngmark en 2265. Au début la situation ne changea guère, mais progressivement Marfrid consolida son autorité et ramena un ordre relatif. Sa réforme la plus marquante fût de ressusciter l'antique tradition du rendez-vous et du duel de champions pour régler les conflits entre seigneurs. Il établit éventuellement un code de conduite du seigneur guerrier, dictant les obligations de ce dernier et plaçant l'emphase sur le concept de l'honneur; ces lois inspirées de l'antique hildetrú évolueront au cours des décennies suivantes et seront adoptées par les nations voisines pour s'étendre jusqu'en Novarique; elles sont à l'origine du code de chevalerie moderne.